Rencontre avec Romain Osi, artiste, photographe et fondateur de Brumes Éditions

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Avec Romain Osi, c’est l’histoire d’une rencontre virtuelle, sur les réseaux sociaux, où deux univers s’(entre)croisent, se suivent, s’inspirent, se répondent… l’amour de la Bretagne est une langue universelle qui transcende les univers… Puis, un projet de vie éclot, la transmission d’une demeure et cela donne une jolie rencontre professionnelle avec un effet ricochet tel que nous les aimons l’un et l’autre. Un coup de cœur artistique, humain et professionnel qui aboutit à une collaboration entre Brumes Éditions et Demeures Marines.

Au fil des saisons, Romain Osi va ainsi interpréter l’art de vivre à l’ouest sur demeuresmarines.com. Un ode à la vie en Bretagne, aux sensations, à la poésie… Pour comprendre son univers, nous avons eu envie de lui consacrer un portrait que nous partageons avec vous. Un parcours et une personnalité passionnante. Belle découverte !

Pouvez-vous vous présenter ?

Je suis photographe artistique depuis une vingtaine d’années et je me suis spécialisé dans la photographie des paysages. Je fonctionne sur le principe de séries de photos. J’aime explorer un endroit ou bien une thématique et je présente ensuite ce travail au public sous forme d’expositions.  

Inviter l’art dans l’espace public
J’aime faire des expositions dans l’espace public. J’ai eu la chance de beaucoup voyager grâce à mon travail de photographe. J’ai réalisé des expositions sur les 5 continents, dans les grandes villes du monde, Rio, Londres, Berlin, New-York, Paris… Je pars du principe que l’art doit être accessible à tous. J’ai donc imaginé, initié et réalisé beaucoup de projets dans ce sens.

Dans le RER à Paris
Par exemple, j’ai exposé pendant deux ans dans le RER parisien. Cette exposition, que j’ai imaginée avec une amie artiste chilienne, avait pour thème « La ville » avec en filigrane le livre d’Italo Calvino, « Les villes invisibles ».

Chacun de notre côté, nous sommes partis shooter dans une vingtaine de villes autour du monde. Dans ce magnifique livre, l’auteur imagine une multitude de petites villes, chacune d’entre elles est personnifiée et incarne la personnalité d’une femme. Ces villes s’humanisent avec des imaginaires géniaux qui nous ont donc guidés dans notre création artistique…

Tout l’univers visuel de l’exposition a été imaginé autour de ses mots avec cette envie de créer différents degrés de lecture, adaptés à l’univers d’une station RER. Cette démarche artistique incarne tout ce que j’aime, faire rentrer l’art dans le quotidien de chacun. En quelques secondes, les gens s’évadent et c’est cela qui me porte chaque jour.

Sur l’eau à Bali
L’exposition à Bali est un autre projet qui me tient énormément à cœur, l’une de mes meilleures expositions à mon sens. A l’origine, une idée un peu folle que j’ai proposée à l’ambassade de France balinaise dans le cadre d’une résidence d’artiste sur l’île.

L’idée était de travailler de nuit sur les éléments présents dans la culture balinaise que sont l’eau, la terre, le feu… Accompagné d’une équipe d’artistes locaux, je partais chaque soir « peindre » la nature avec des sources lumineuses (lampes torches, phares de voitures…). Ces photographies nocturnes, avec des pauses très longues, ont été pendant plus d’une dizaine d’années ma passion et ma spécialité.

Ces photos ont ainsi donné lieu à une exposition. Les photographies de 4 mètres de long étaient installées sur des bateaux traditionnels balinais et il fallait nager pour voir l’exposition de près. C’était doux et poétique. J’ai fait pleins d’autres projets comme ça à Rio, à Mexico avec cette envie d’emmener l’art là où il n’est pas censé être… mais devrait être.

Raconter des histoires
J’ai arrêté la photographie pendant quelques années. Au début d’Instagram, j’ai eu le sentiment d’être « saturé » d’images. J’ai donc fait une pause et je me suis lancé avec une amie, qui travaillait alors dans l’univers cinématographique, dans une tout autre aventure. Nous avons lancé « We Oui – Creative Surprisers », une entreprise qui proposait aux particuliers et aux entreprises de créer des surprises sur-mesure.

« We Oui – Creative Surprisers »
Notre idée était de faire vivre à de « vrais » gens des surprises dignes d’un scénario de film. Notre commanditaire et complice choisissait une idée et nous listait toutes les informations possibles et inimaginables sur la personne pour laquelle nous allions organiser la surprise (histoires personnelles, anecdotes familiales, informations rigolotes…). A partir de ces éléments, nous écrivions un scénario, avec la même exigence, le sens du détail et du timing d’un vrai film. Des comédiens étaient engagés, des décors créés, de fausses boutiques ouvertes, des sites internet développés, des fiches Wikipédia rédigées…  Tout était mis en œuvre pour que la personne ne puisse absolument rien soupçonner. Petit à petit, des choses plus ou moins énigmatiques se passaient dans la vie de notre heureuse « victime » et cela montait « crescendo » au fil des jours.

« Love Actually » par « We Oui – Creative Surprisers »
Pour vous donner un exemple, nous avons orchestré un scénario entre Paris et Londres dans l’esprit du film « Love Actually » avec Hugh Grant. C’était pour une demande en mariage et la demoiselle, qui a fait l’objet de la surprise, était une fan absolue de ce film. Après une semaine de « teasing », son fiancé l’a emmenée par surprise à Londres. Arrivés sur place, ils se sont directement rendus dans la rue où la scène culte entre Mark (Ander Lincoln) et Juliet (Keira Knightley) a été tournée. Pour rappel, il s’agit de la scène où Mark, amoureux de la femme de son meilleur ami, déclare sa flamme à cette dernière à l’aide d’une douzaine de pancartes sur lesquelles il est écrit qu’il l’aime… La scène s’est rejouée et notre jeune demoiselle a dit oui, c’était un très joli moment. On a ensuite travaillé avec des grandes entreprises, des médias comme M6 par exemple… L’aventure de « We Oui » a duré quatre ans, ce sont d’excellents souvenirs.

L’aventure New-Yorkaise…
En famille, nous avons ouvert un nouveau chapitre de vie à New-York. Avec « We-Oui », j’avais donc acquis une nouvelle compétence, celle de créer des sites internet. J’ai alors créé un studio de webdesign. Et puis, petit à petit, le plaisir de faire des photos est revenu à New-York.

… puis Finistérienne !
En 2016, nous avons eu envie de revenir vivre en France portés par un profond besoin de calme et d’océan. Nous avons été toujours très fans de la Bretagne et connaissions bien le Morbihan. Avec ma femme, nous sommes originaires de Corse et la connexion entre les deux régions est très forte. Et puis, nous sommes tombés amoureux du Finistère, « du bout du bout », un peu par hasard, en cherchant une maison. Nous avons trouvé un petit penty posé sur le sable et la magie du lieu a opéré. Coup de foudre absolu.

Nous sommes passés de l’effervescence de New-York à la sérénité de Loctudy. Vivre face à l’océan permet de se reconnecter à la nature, de ressentir les éléments et cela nous a fait un bien incroyable. Nos enfants étaient alors en bas âge et nous avions besoin et envie de leur offrir cette qualité de vie exceptionnelle. Ce besoin d’être au contact de la mer est vital. Nous avons posé nos valises en Bretagne, nous y sommes restés. Nous sommes extrêmement heureux et vivons portés par une nouvelle énergie, beaucoup plus iodée.  

Comment est né Brumes Éditions ?

New-York m’a redonné le goût de faire des images et le Finistère l’inspiration. En m’installant à Loctudy, j’ai immédiatement recommencé à faire des photos, une nouvelle énergie m’a envahi. J’ai eu envie de montrer une autre facette du Finistère, de sortir des « clichés classiques » de la Bretagne avec un angle minimaliste. J’ai décidé de créer une maison d’édition de photos avec l’idée de pouvoir accueillir le public dans une boutique/atelier. L’idée est de tout faire ou presque en local.

Après un an de recherche, j’ai trouvé mon local qui se trouve sur le port de Lesconil. Mon luxe est de voir la mer depuis la boutique (j’ai même une paire de jumelles derrière mon comptoir). Je salue chaque jour cette chance de travailler avec cette jolie perspective sur la mer. M’installer à Lesconil était alors un pari car la commune est petite, il n’y a pas beaucoup de commerces.

Je suis très heureux d’avoir osé suivre mon instinct car j’ai profité d’un accueil exceptionnel de la part des locaux et des vacanciers qui me sont fidèles depuis plus de deux années maintenant. Brumes Éditions est née dans le Finistère et grâce à lui. Ce territoire et toutes ses aspérités ont permis à ce projet de naître et de s’épanouir.

Quelle est l’empreinte « Brumes Éditions » ?

« Brumes Éditions » – L’Horizon, L’Infini, La Force du vent, la Mer
La mer, la mer, la mer. Il y a tellement de façon de vivre la mer. Ce que j’aime particulièrement en vivant dans le Finistère, c’est cette connexion qu’on a tous avec la mer… mais chacun différemment. Il y a ceux qui vivent de la mer en y travaillant comme les pêcheurs par exemple. Il y a ceux qui y naviguent pour le plaisir… Et il y a ceux qui prennent des photos.  Nous tous, habitants du Finistère, nous entretenons un lien très fort avec la mer et j’aime cette énergie.

Ce que j’aime dans le Finistère, c’est ce côté simple et authentique. Nous sommes vraiment là pour ressentir les éléments et en savourer chaque facette. C’est ce que je retranscris dans les photos de « Brumes ». Avec cette maison d’édition photos, je souhaite faire rêver les gens, les inspirer et montrer le Finistère différemment en essayant de révéler les émotions que l’on ressent quand on vit en Bretagne. Aujourd’hui, il m’arrive de partir capturer des photos sur d’autres secteurs comme Belle-Ile-en-Mer, la Presqu’île de Quiberon… finalement le lieu en lui-même importe peu. Je vais dans un endroit pour ressentir cette énergie bretonne, les émotions inhérentes aux lieux et je les retranscris en photos. Ma mission avec Brumes Éditions est de susciter une émotion chez les personnes qui découvrent mes photographies.

Brumes Éditions autour du monde
Parce que j’ai l’intime conviction que l’art doit voyager, je souhaite aujourd’hui que « Brumes Éditions » se développe en France et à l’international. Paris, Saint-Malo, Berlin, New-York… je veux exporter Brumes le plus loin possible pour qu’on parle de la Bretagne et de sa magie partout dans le monde. La Bretagne est un territoire d’une telle richesse et une source d’inspiration inépuisable. Cela serait dommage de ne pas partager quelques-unes des milles et une facette qu’elle nous offre au quotidien.

« Brumes Éditions » – Une approche locale et écoresponsable
Avec « Brumes Éditions », j’ai le souhait de tout faire en local, à l’atelier sur le port de Lesconil dans le Finistère. Les affiches de Brumes sont des impressions d’art imprimées sur du papier fineart Hahnemühle qui est de haute qualité, papier mat, épais, biosourcé, certifié FSC. J’imprime aussi avec des encres sans solvant qui sont moins nocives pour la planète. Les cadres en bois sont également certifiés FSC. J’essaie de faire au mieux sur toutes les facettes de ma boutique… Cet effort me paraît essentiel pour être cohérent avec mon travail artistique qui consiste à valoriser et à aimer la nature. Je veux donc offrir de beaux produits, de haute qualité et qui respectent l’environnement. C’est un choix assumé. Par exemple, mes grands coffrets photos sont faits par une relieuse d’art qui vit dans les Côtes d’Armor, « Le laboratoire du livre ».

Je fonctionne beaucoup avec des artisans locaux et cela fait toute la différence, cela apporte un supplément d’âme à mon travail. Je pense que c’est une philosophie qui correspond au Finistère et à la Bretagne plus largement. Cela va avec la qualité de vie qu’on recherche tous. Les gens d’ici prennent le temps de vivre et je trouve cela essentiel. Nous sommes là pour vivre, pour ressentir et cela est très prégnant dans le Finistère.

« Brumes Éditions » – L’art accessible à tous
Avant de lancer « Brumes Éditions », je faisais des expositions dans des lieux et je vendais des tirages originaux, plutôt des grands formats, qui coûtaient un certain prix puisque numérotés. En créant « Brumes Éditions », je voulais sortir de ce format pour rendre l’art accessible au plus grand nombre. Je propose donc des affiches, des coffrets photos thématiques, des cartes postales et des œuvres originales. Cela me permet d’offrir de l’art au plus grand nombre, de le faire circuler… sous des formes différentes en fonction des attentes et budgets de chacun.

J’aime l’idée que des gens qui n’auraient jamais osé rentrer dans une galerie viennent découvrir mon travail, l’apprécient et ramènent chez eux un petit morceau d’art. La magie opère et c’est quelque chose qui me tient à cœur car j’ai toujours aimé exposer dans l’espace public pour cette raison, amener l’art à la rencontre de tous les publics.  Je fais à mon sens l’un des plus beaux métiers du monde, inspirer les gens et éveiller en eux des émotions.

La photographies « Brumes » – S’il ne devait en rester qu’une…
Mes fils conducteurs sont la mer et le vent. Ce sont les deux éléments qui m’intéressent particulièrement. Il m’est évidemment difficile d’en choisir qu’une, chacune de mes photos correspond à des émotions/sensations exclusives.

Il y a celle que j’appelle « Waves » qui a été prise au drone dans le Finistère nord. C’est presque un tableau, on se demande si c’est une montagne ou une vague.

Il y a aussi « Pors Carn», sa sœur jumelle. C’est une vague que j’ai capturée à la Torche avec un caisson étanche. Cette vague va se casser sur moi quelques secondes après la photo. Elle ressemble à une cime enneigée… j’aime le côté trompe l’œil.

Ces deux photos se font écho et font partie de mes photos signatures.

2024 – Brumes Studio

J’aime créer et développer de nouvelles idées. Dans cette optique, j’ai lancé en avril dernier, « Brumes Studio », petit frère de « Brumes Edition ».

L’idée est de créer des univers visuels sur mesure pour des lieux de vie comme des hôtels ou des chambres d’hôtes par exemple.

Photographies, short films, expositions exclusives, j’imagine pour et avec mes clients un univers visuel, des œuvres d’art, qui s’inscrivent dans l’univers du lieu, qui lui font écho.

Concrètement, une maison d’hôtes pourrait par exemple me missionner pour réaliser une exposition photos en ses murs. Nous pourrions définir ensemble les paysages et les atmosphères qui retranscrivent leur identité et personnalité.

Je réalise le reportage, j’imprime les photos, je les encadre et les installe dans le lieu. Une démarche artistique sur-mesure en somme.

Une rencontre déterminante

Jean-Luc Monterosso, le directeur de la Maison Européenne de la Photographie (MEP) de Paris, fait partie des rencontres qui m’ont marqué et dont l’échange imprègne encore mon travail. Cet homme est une sommité dans le milieu. Je l’ai rencontré pour lui présenter une série de photos réalisée sur les autoroutes en Europe sur laquelle je travaillais depuis plus d’un an. Il a regardé mes photos et les a triées en deux parties. En quelques secondes, il a identifié deux styles, m’a dit qu’il fallait faire un choix, en choisir un, retravailler dans ce sens et revenir le voir quand le travail serait abouti. J’ai suivi son conseil, je suis revenu un an plus tard et il m’a proposé d’exposer cette série revisitée. Cette rencontre et cette exposition à la MEP a lancé ma carrière professionnelle. Cet homme a capté l’essence de mon art et a drivé ma carrière professionnelle. Il m’a prédit que j’évoluerai dans l’écriture d’histoires visuelles. 20 ans après, je raconte toujours des histoires, j’expérimente différents angles, techniques, modes mais c’est toujours mon leitmotiv.

Une devise pro/perso

Je me répète souvent deux phrases/mantras. La première est « La beauté du monde ». Elle me vient souvent quand je suis en shooting face à cette merveille nature. En haut d’une falaise battue par les vents, surexcité par l’idée de la magnifique photo que je vais capturer, je me répète cette phrase qui résume tellement cet état de grâce dans lequel je me trouve. L’émerveillement en Bretagne est permanent et sans cesse renouvelé. Mon second « mantra » fait référence à une situation, le moment où le soleil et la pluie s’entremêlent. Une configuration très bretonne en somme qui m’évoque le nom d’un indien d’Amérique du nord « Gouttes de pluie dansant sous le soleil ». Un nom poétique et inspirant qui pourrait être le mien outre-Atlantique.

Quelle est votre connexion avec Demeures Marines ?

J’ai contacté Demeures Marines pour vendre ma maison. Demeures Marines est une agence immobilière qui n’est pas une agence immobilière. C’est exactement ce que j’aime. C’est de la sensibilité, une approche/vision humaines qui fait toute la différence. Cette vision nous a plus et le contact avec Virginie Le Cam, votre consultante finistérienne, s’est très bien passé. Demeures Marines, une expertise de l’immobilier, des valeurs et un univers visuel distinctif.

La dimension « transmission » est prégnante et nous avons tout de suite ressenti que vous accompagnez sincèrement les gens dans des tranches de leur vie. Demeures Marines, c’est une évidence pour moi aujourd’hui. Je trouve votre univers très beau et j’adore l’idée de cette collaboration, de partir sur les routes de Bretagne en pensant à vous. Cette collaboration signe le début d’une belle aventure.